Méthodologie

Un observatoire des finances diocésaines

Les associations diocésaines publient chaque année leurs comptes. Ces documents existent, ils sont publics, mais ils sont éparpillés, hétérogènes, et franchement peu lisibles pour qui n'est pas comptable. Ce site est né d'une idée simple : agréger ces données, les normaliser, et les rendre accessibles à tous.

Nous ne posons pas de jugement, et n'avons pas d'agenda : nous présentons des chiffres et nous les mettons en perspective.

D'où viennent les données ?

Les associations qui reçoivent plus de 153 000 euros de dons ouvrant droit à réduction d'impôt doivent publier leurs comptes annuels. Ces documents sont déposés au Journal officiel, où ils sont librement consultables. Nous les récupérons via Pappers, qui les centralise.

Nous n'inventons rien : les bilans et comptes de résultat que vous consultez ici proviennent de ces dépôts officiels. La plupart sont certifiés par un commissaire aux comptes ; quelques diocèses n'en mentionnent aucun, et nous le signalons sur leur fiche.

L'extraction des chiffres depuis les PDF est réalisée avec l'aide de l'intelligence artificielle, puis chaque document passe une série de contrôles automatiques. Ces contrôles s'appuient sur une propriété des documents comptables : ils publient leurs propres totaux. L'actif doit égaler le passif, les produits moins les charges doivent donner le résultat, la somme des fonds propres doit égaler la situation nette publiée. Si la somme des lignes que nous avons lues ne retombe pas sur le total imprimé, c'est qu'une ligne manque ou qu'une valeur est fausse : le document n'est pas intégré tant que l'écart n'est pas expliqué. Nous reprenons alors le document page par page et corrigeons la lecture à la main, en conservant la valeur lue à l'origine à côté de la valeur corrigée.

Nous disposons aujourd'hui de quatre exercices pour la grande majorité des diocèses, de 2021 à 2024, et d'au moins deux pour tous les autres. Chaque indicateur est donc présenté avec son évolution dans le temps, et situé par rapport à la médiane des diocèses de la même année.

La note : que mesure-t-elle, et comment ?

La note attribuée à chaque diocèse (de A+ à F) ne mesure pas sa richesse, ni l'ampleur de son action pastorale, ni la générosité de ses fidèles. Elle mesure uniquement la solidité de sa structure financière : est-il en capacité d'absorber un choc ? Dispose-t-il de réserves suffisantes ? Ses revenus sont-ils diversifiés et récurrents ? Son niveau d'endettement est-il maîtrisé ?

Elle combine sept critères, répartis en deux ensembles :

  • Solidité financière — 60 % :
    • Réserves financières (25 %) — la trésorerie et les placements, exprimés en mois de fonctionnement.
    • Autonomie stricte (20 %) — la part du patrimoine qui appartient réellement au diocèse, sans dette.
    • Endettement (10 %) — la part des ressources qui provient de dettes.
    • Coussin de dette (5 %) — le rapport entre la trésorerie disponible et les dettes.

  • Structure économique — 40 % :
    • Diversification des revenus (13,3 %) — la répartition des ressources entre plusieurs sources.
    • Couverture des produits récurrents (13,3 %) — la part des charges couverte par les ressources régulières, hors legs.
    • Marge nette (13,3 %) — l'écart entre ce que le diocèse reçoit et ce qu'il dépense.

Chaque critère est noté de 0 à 100 selon des repères que nous avons fixés et que nous assumons : 36 mois de réserves valent 100 points, 12 mois en valent 60, aucune réserve 0 ; une autonomie de 95 % vaut 100 points, 50 % en vaut 30. Entre deux repères, la note progresse de façon continue : un diocèse à 94 % d'autonomie n'est pas traité comme un diocèse à 86 %.

Ces repères sont des choix éditoriaux, pas des normes comptables : d'autres choix donneraient d'autres notes. Ils sont par ailleurs absolus et non relatifs : un diocèse n'est pas noté par rapport aux autres, mais par rapport à ces repères. Si l'ensemble des diocèses se dégradait, l'ensemble des notes baisserait.

Les plafonds

Une moyenne pondérée a un défaut : une faiblesse sur un critère se noie dans les autres. Un diocèse qui dépense plus qu'il ne reçoit pourrait ainsi obtenir une excellente note grâce à ses réserves, alors que vivre au-dessus de ses moyens est précisément ce qu'une note de solidité doit signaler. Nous appliquons donc trois plafonds, quelle que soit la moyenne obtenue :

  • un diocèse déficitaire sur son dernier exercice ne peut pas dépasser la note B ;
  • un diocèse déficitaire deux exercices de suite ne peut pas dépasser C+ : ce n'est plus un accident ;
  • un diocèse disposant de moins de six mois de réserves ne peut pas dépasser B.

Accumuler des réserves ne compense pas un déséquilibre durable entre les recettes et les dépenses : cela ne fait que retarder l'échéance.

Ce que la note ne dit pas

Un petit diocèse rural avec peu de ressources peut obtenir une excellente note s'il gère ses finances de façon rigoureuse et prudente. À l'inverse, un grand diocèse urbain aux ressources importantes peut être mal noté s'il présente un déficit structurel ou une dépendance excessive à des revenus non récurrents comme les legs. La note n'est donc pas un jugement sur l'action de l'Église dans un territoire, mais un outil de lecture financière.

Les autres indicateurs présentés sur les fiches sont informatifs et n'entrent pas dans la note : ils ne donnent lieu à aucun classement, un diocèse qui encaisse beaucoup n'étant pas pour autant mieux géré qu'un autre.

Les limites de cet observatoire

1. L'extraction des données

Ce site est jeune, et nous préférons assumer : des erreurs ont pu se glisser dans les données. L'extraction automatisée est puissante mais parfois imparfaite, et la diversité des formats comptables diocésains est une réelle difficulté. À titre d'exemple, pour le simple montant « Résultat net », pas moins de dix dénominations différentes existent dans les documents des diocèses. Si vous constatez une erreur, vous pouvez nous la signaler en cliquant sur « Signaler une erreur », en bas de chaque page.

2. La qualité des documents publiés

Certains documents déposés au Journal officiel sont incomplets ou inexploitables : pages manquantes, scan illisible, erreurs de calcul dans le fichier lui-même. Nous le signalons alors sur la fiche du diocèse concerné, et nous n'analysons que ce qui est lisible.

3. La complexité de certaines structures

Certaines associations diocésaines ne sont pas propriétaires elles-mêmes de leurs biens immobiliers ou de leurs placements financiers : ceux-ci sont portés par des associations « sœurs », des sociétés civiles immobilières (SCI), des sociétés d'investissement à capital variable (SICAV). Avec nos moyens, il nous est pour le moment impossible d'aller étudier l'ensemble de ces structures : certains chiffres peuvent alors paraître faibles alors que la réalité est plus complexe.

4. Les diocèses concordataires

Les diocèses de Metz et de Strasbourg relèvent du régime concordataire et ne déposent pas de comptes annuels au Journal officiel. Ils ne peuvent donc pas être analysés à partir des sources publiques que nous utilisons.

Ce qui arrive ensuite

Nous avons beaucoup de projets : continuer à mettre à jour le site avec les données publiées annuellement d'abord, étendre l'historique des données sur davantage d'années encore pour pouvoir présenter des progressions, affiner les indicateurs, améliorer les comparaisons, lancer un observatoire avec des experts reconnus.

Mais construire tout cela, faire tourner des scripts d'extraction et analyser des centaines de documents a un coût réel : les scripts, l'intelligence artificielle, l'hébergement du site web, etc.

Si ce projet vous plaît ou si vous pensez qu'il est utile, vous pouvez nous aider à le faire grandir : vous pouvez nous soutenir en cliquant ici : chaque contribution compte !

Questions fréquentes

Pourquoi certains diocèses sont-ils absents ?
Les raisons varient : comptes non déposés au Journal officiel, document illisible, régime concordataire pour Metz et Strasbourg, ou comptes trop anciens pour être comparés — au-delà d'un certain âge, les comptes ne disent plus rien de la situation actuelle, et les diocèses dont les derniers comptes publiés sont antérieurs à 2020 ne sont pas analysés. La raison est indiquée pour chaque diocèse concerné, dans le tableau en bas de la page « Tous les diocèses ».

Pourquoi un diocèse peut-il apparaître sans note ?
Tous les diocèses ne détaillent pas leurs comptes de la même façon : certains regroupent leur trésorerie et leurs placements dans une ligne unique, d'autres ne distinguent pas les legs des autres dons. Nous affichons alors « Données non disponibles » plutôt qu'un zéro qui serait faux, et la note se calcule sur les seuls critères mesurables. Quand il en manque trop, le diocèse est analysé mais n'est pas noté : nous préférons ne rien dire plutôt que de publier une note fondée sur la moitié des éléments.

Sur quelle année porte le classement ?
Sur le dernier exercice publié par chaque diocèse : la plupart sont comparés sur 2024, quelques-uns sur une année antérieure. L'année est affichée à côté de chaque chiffre. C'est une limite qu'il faut avoir en tête, mais nous avons préféré cette solution à l'alternative, qui aurait été d'écarter du classement tous les diocèses n'ayant pas publié la dernière année.

Pourquoi certains critères pèsent-ils moins que d'autres ?
Parce que plusieurs d'entre eux disent en partie la même chose. Nous avons mesuré la corrélation entre les sept critères et réduit le poids de ceux qui se répètent : le coussin de dette ne compte que pour 5 % parce qu'il recoupe largement les réserves et l'endettement, et qu'une même qualité ne doit pas être comptée trois fois.

Pourquoi la note progresse-t-elle de façon continue plutôt que par paliers ?
Un diocèse à 30 mois de réserves obtient 90 points : la moitié du chemin entre 24 mois (80 points) et 36 mois (100 points). Avec des paliers, tous les diocèses entre 24 et 36 mois auraient la même note, et passer de 23,9 à 24,1 mois ferait gagner vingt points d'un coup. Le calcul continu évite qu'une variation minime d'une année sur l'autre fasse basculer un diocèse d'une lettre à l'autre pour une raison purement arithmétique.

Que faites-vous des ventes d'immeubles et des produits exceptionnels ?
Certains produits gonflent ponctuellement les comptes d'une année sans rien dire de la situation durable d'un diocèse : la vente d'un immeuble, une plus-value sur des placements, la reprise d'une provision. Ces montants figurent bien dans les comptes que nous affichons, mais nous les écartons du calcul des ressources récurrentes : un diocèse qui vend un bâtiment 10 millions d'euros une année n'a pas pour autant des ressources durables plus élevées. À l'inverse, les dons affectés à un projet précis — la formation des séminaristes, des travaux — sont bien comptés comme des ressources : ils reviennent chaque année.

Les données sont-elles fiables ?
Elles proviennent de documents officiels, le plus souvent certifiés par un commissaire aux comptes. Notre traitement automatique peut introduire des erreurs ponctuelles : c'est pourquoi chaque chiffre extrait est confronté aux totaux publiés dans le document, et pourquoi nous invitons chacun à nous signaler toute anomalie.

Mon diocèse est mal classé, que faire ?
Commencez par vérifier les données affichées. Si quelque chose vous semble inexact, contactez-nous et nous vérifierons. Un mauvais classement peut aussi simplement refléter une réalité financière difficile.

Peut-on réutiliser ces données ?
Les données brutes sont publiques. Nos indicateurs calculés sont réutilisables, mais il est impératif d'en mentionner la source (et nous contacter au préalable est encore mieux !). Contactez-nous si vous avez un projet spécifique.

Que représente la ligne grise sur les graphiques ?
La médiane des diocèses pour la même année : la valeur telle que la moitié des diocèses fait mieux et l'autre moitié moins bien. Nous retenons la médiane plutôt que la moyenne, qu'un ou deux diocèses atypiques suffiraient à déformer. Elle permet de situer un diocèse sans avoir à consulter les autres fiches, et n'apparaît pas pour les années où trop peu de diocèses ont publié leurs comptes.

À quoi correspondent les indicateurs calculés ?

  • Matelas de sécurité : nombre de mois pendant lesquels le diocèse pourrait fonctionner normalement si toutes ses rentrées d'argent s'arrêtaient, en puisant dans ses réserves et placements.
  • Indépendance financière : part du patrimoine qui appartient réellement au diocèse, sans compter ce qu'il doit à ses créanciers. Plus cet indicateur est élevé, plus le diocèse est autonome.
  • Autonomie hors legs : les legs et donations sont des revenus irréguliers et imprévisibles : un décès peut rapporter beaucoup une année, rien l'année suivante. Cet indicateur mesure si le diocèse équilibre ses comptes sans compter dessus.
  • Dépendance aux legs : part des ressources qui provient des legs, donations et assurances-vie. Plus elle est élevée, plus l'équilibre du diocèse dépend d'événements imprévisibles. Cet indicateur est affiché mais n'entre pas dans la note.
  • Diversité des revenus : un diocèse qui dépend d'une seule source de revenus est fragile. Cet indicateur mesure si les ressources sont bien réparties entre dons, activités, revenus du patrimoine, etc.
  • Équilibre budgétaire : le diocèse dépense-t-il plus qu'il ne gagne ? Un résultat positif signifie qu'il dégage un excédent. Un résultat négatif indique un déficit.
  • Charges par habitant : total des dépenses du diocèse rapporté au nombre de personnes habitant sur son territoire. Attention : il s'agit de la population totale, et non des seuls catholiques. Cet indicateur est indicatif et ne donne lieu à aucun classement.
  • Coussin de dette : rapport entre la trésorerie disponible et les dettes totales. Un ratio de 2 signifie que le diocèse dispose de 2 fois plus de liquidités que de dettes.
  • Niveau d'endettement : part de ce que possède le diocèse qui est financée par des dettes : emprunts bancaires, dettes fournisseurs, fiscales et sociales. Un taux élevé mérite attention.
  • Liquidité du bilan : part des actifs du diocèse qui peuvent être mobilisés rapidement : trésorerie disponible et placements financiers, par rapport au total du bilan.
  • Patrimoine immobilier : valeur comptable des terrains, bâtiments et constructions appartenant au diocèse. Un patrimoine important est une richesse, mais difficile à mobiliser rapidement.
  • Épargne disponible : trésorerie sur les comptes bancaires et placements financiers (obligations, fonds). Ce sont les actifs les plus facilement mobilisables en cas de besoin.
  • Revenus du patrimoine : part des revenus qui provient des placements financiers et des loyers. Un diocèse qui vit de ses rentes est moins dépendant des dons.
  • Total des revenus : ensemble de ce que le diocèse a encaissé dans l'année. Ce montant donne l'échelle du diocèse et permet de replacer les pourcentages qui l'entourent.
  • Montant des dettes : ce que le diocèse doit, en euros : emprunts bancaires, factures non réglées, cotisations et impôts à payer.